Benoît Dorémus

Forum de Benoît Dorémus
 
AccueilAccueil  PortailPortail  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partager | 
 

 Mille et une histoires, belles ou qui font peur...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
Lo.mel
Admin tyrannique de ce forum.


Masculin
Nombre de messages: 2979
Age: 25
Localisation: Lille / Thionville
Date d'inscription: 25/03/2006
Flipomètre: I tried to sleep but when I couldn't sleep, I learned to write; I learned to write what might be read on nights like this by one like me.

MessageSujet: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 0:55

Une petite histoire qui me trottait dans la tête depuis quelques mois. Je l'ai rédigé très vite, alors je ne sais pas ce que ça donne. M'enfin, là voici.

Le syndicat des voleurs


Une longue table ovale, en chêne. Tout autour se dressent des dizaines de visages, des plus hétéroclites. Des hommes à tête de pirates, des pirates à têtes d’anges, des anges aux desseins démoniaques. C’est la crise, au syndicat des voleurs.

L’heure est aux plaintes, et l’atmosphère pèse de revendications.

« Les gens se barricadent, s’enferment, ils sont méfiants » lancent l’un d’eux, un bonhomme pâle, à la barbe naissante. De l’un de ses yeux coule une cicatrice en forme de larme ; « J’ai faim, et les alarmes sonnent. Mes cambriolages virent toujours aux carambolages, après des courses poursuites sans fin avec la police. »

« Du temps de mon père, les gens dormaient les fenêtres ouvertes. Pour voir les étoiles, sentir les douceurs estivales. Mes frères et moi avons grandis autour d’une table aux assiettes pleines. Pleines de vivres, les gens vivaient dans l’opulence. Chaque jour, mon père nous partageait l’or qu’il allait gagner durement, la nuit, chez les gens au sommeil de plomb » approuva un petit chauve aux yeux brillants. « De mes 10 frères, je suis le seul à avoir repris les affaires. » Quelques visages ternes approuvèrent dans une lourde ambiance de chuchotements.

« Les gens sont devenus pauvres et méfiants. C’est la crise chez eux aussi. Les serrures sont fermées, les poings sont serrés. Les ceintures et les budgets aussi. »

« Moi, » lança un autre en bout de table « même lorsque j’arrive à pénétrer un foyer, je ne peux rien voler. Tout au plus, j’arrive à emporter un brin de misère. Pas plus. Même la misère, personne ne veut la céder. »
Court silence consterné, les visages se tournèrent vers le chef du syndicat « Il faut faire quelque chose… »

Puis ce fut au tour des voleurs à l’étalage, se plaignant de la rareté des étals. Puis à celui des pickpockets, qui souhaitaient faire adopter une loi limitant la profondeur des poches.

Dans leur coin, trois assureurs s’agitent : « Partout dans le pays, des gens brûlent leurs voitures pour nous soutirer de l’argent ! Ils nous volent notre travail ! Nous mourrons à petit feu ! »

Nouveau brouhaha. « Toute la filière est en crise ! ». Seul un jeune vagabond en chemise noire, dans son coin, ne disait mot.

« C’est de la faute des politiques ! Même eux commencent à bouder le blanchissement d’argent ! » S’indigna un mafieux aux cheveux noirs. « Il nous faut manifester, revendiquer nos droits ! » Le vagabond à la chemise noire semblait maintenant songeur.

« Le syndicat est mou, nous avons trop longtemps considéré le bien des autres comme acquis ! » « Nous voulons un plan de relance ! » « De nouveaux quartiers riches ! » « Une pétition contre les serrurier ? » « Non ! Relançons la mode des clés sous les paillassons ! »
« Les fabricants de paillassons ont fait faillite… » rétorqua le chef du syndicat, coupant court à la profusion des revendications.
« Vous avez beau être à la tête du syndicat, vous n’avez pas le droit de nous voler nos arguments ! » s’offusqua un voleur d’image. « C’est mon métier ! » réplica le chef.

Un vieil aviateur se dressa « Et le prix des carburants ? S’ils continuent à s’envoler ainsi, même les vols en avions sont compromis ! »

« Que ces gens là sont matérialistes… » pensait le vagabond en chemise noire… « Et dire que moi, qui volait des cœurs, on m’a volé mon métier. Et celle qui m’a volé mon métier, m’a aussi volé mon cœur… »

_________________
http://rueedison.blogspot.com/

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Flo
Flo de ce forum


Masculin
Nombre de messages: 2572
Age: 23
Localisation: Dijon
Date d'inscription: 08/02/2006

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 9:00

tu sais que t'es doué mec ?
Revenir en haut Aller en bas
Lolita
Admin tyrannique de ce forum.


Féminin
Nombre de messages: 4521
Age: 25
Localisation: Châlons-en-Champagne
Date d'inscription: 16/12/2005
Flipomètre: Ma banquière.

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 10:18

Ouais. Mais il fait son modeste!

Wink

_________________
Mon blog BD à moi que j'ai:
http://lolitadessineuz.illustrateur.org/

*J'suis sur la lune si on m' demande...*
Revenir en haut Aller en bas
http://lolitadessineuz.illustrateur.org/
No&mie
ContienG dans leu coffre.


Féminin
Nombre de messages: 2107
Age: 23
Localisation: Paris
Date d'inscription: 15/12/2007

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 11:17

Ohh j'suis fan ! Smile
Revenir en haut Aller en bas
http://www.myspace.com/noemieracle
Laure
Grande gueule Dorémusienne


Féminin
Nombre de messages: 1268
Age: 32
Localisation: Paris
Date d'inscription: 24/01/2008
Flipomètre: un mois d'arrêt de travail pour cause de cheville cassée...

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 11:39

Je crois que ce n'est pas blanchissement d'argent, mais blanchiment d'argent, mais je n'affirme rien Wink

sinon j'adore ^^
Revenir en haut Aller en bas
Lo.mel
Admin tyrannique de ce forum.


Masculin
Nombre de messages: 2979
Age: 25
Localisation: Lille / Thionville
Date d'inscription: 25/03/2006
Flipomètre: I tried to sleep but when I couldn't sleep, I learned to write; I learned to write what might be read on nights like this by one like me.

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 12:11

Content que ça vous plaise!!

Sinon Laure, j'avais effectivement ecris "blanchiement" au départ, et puis word n'aimait pas, et puis je sais qu'en agroalimentaire on a les deux termes, alors je savais plus...

bref Smile

_________________
http://rueedison.blogspot.com/

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Laure
Grande gueule Dorémusienne


Féminin
Nombre de messages: 1268
Age: 32
Localisation: Paris
Date d'inscription: 24/01/2008
Flipomètre: un mois d'arrêt de travail pour cause de cheville cassée...

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 21 Avr 2009 - 22:27

lol Very Happy je sais, parfois Word met le doute ^^
Revenir en haut Aller en bas
manureva
Grande gueule Dorémusienne


Féminin
Nombre de messages: 1720
Age: 28
Localisation: Nantes
Date d'inscription: 15/10/2006

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mer 22 Avr 2009 - 9:59

très joli j'aime !
Revenir en haut Aller en bas
Lo.mel
Admin tyrannique de ce forum.


Masculin
Nombre de messages: 2979
Age: 25
Localisation: Lille / Thionville
Date d'inscription: 25/03/2006
Flipomètre: I tried to sleep but when I couldn't sleep, I learned to write; I learned to write what might be read on nights like this by one like me.

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mer 13 Mai 2009 - 21:04

L'amant de la fosse


Les deux pieds au fond de sa fosse, le spéléo lève la tête. Très haut dans le boyau de roc, il devine la lumière du soleil. Il ne la voit pas – trop de méandre la au dessus – mais il la devine, ou bien l’imagine. En haut, le soleil heurte son flanc de falaise. Ici, il fait doux, la roche est humide, le sol est mouillé. Lentement, quasi-langoureusement il avance devant lui, guidé par la lumière de son front. Sa main gauche caresse les parois gluantes, il aime ce contact. « Pour quelques temps, je suis l’amant de la fosse » se dit-il amusé. Sa main droite explore son casque, tâtonne, puis se fige : Clic. Sa lampe s’éteint. Pendant quelques secondes, comme surpris par l’apparition du monstre nuit, l’homme bloque sa respiration, puis inspire par grandes bouffées l’air chargé d’humidité. C’est noir, noir, noir ! Si noir, qu’on dirait qu’on a superposé plusieurs couches d’obscurité totale. Personne ne peut le voir, mais il sourit. Un vrai sourire, pas une grimace d’efforts, comme celles des longues minutes de sa descente.
Ici, il n’y a que lui. Un calme, du rien à l’état pur à lui faire oublier absolument tout. Mais une solitude à devenir fou. Lui, juste lui, Personne. Une liberté souterraine qui rend fou. Il le sait, les vertiges le prennent, et sa tête tourne. Mais c’est agréable.
Avant ses premières descentes, il avait souvent souhaité disparaître au moins quelques instants sous terre. On avait fréquemment voulu lui écraser la tête, le laisser toucher le fond. Pour la tête écrasée, la sangle et le poids de son casque s’en chargent. Toucher le fond, il avait choisi de le faire lui-même, par esprit de contradiction, peut-être. Le dos courbé : craintes des chocs, poids du sac. Conscience vidée, tête pleine à craquer, mais de manière douce, sous la pression du plaisir et de son imaginaire qui galope ici, dans le néant. Le néant, même si le bruit de la terre, même si son odeur. « Encore quelques secondes… »
Clic. La lampe reprend vie. Le tunnel aussi.
Et s’il y restait, s’il disparaissait, qui le saurait ? Un instant de transe, ou ces idées folles le fascinent. Puis il secoue la tête. « Il faudra remonter… »
Le faisceau de sa lampe éclaire le sol, ou un filet d’eau s’enfuit, comme effrayé par la lumière. Vers un abri, le nouvel inconnu. En bon explorateur, le spéléo suit sa route.
Il avance, s’enfonce, et pense. Quand la tranchée devient basse, il rampe, et réalise un fantasme : plonger son visage dans l’eau froide.
A l’issue d’une période de progression difficiles qu’il n’arrive pas à estimer – des minutes ou des heures ? – il s’allonge sur un îlot, les bras sous la tête. Sa lampe illumine le plafond, alors il pense, et son esprit s’échappe, pour continuer à inspecter les moindres boyaux, même ceux qui n’existent pas. Mais sa tête aussi est un labyrinthe, et ses idées dévient de leur chemin : Déjà, il s’imagine remonter, sûrement à cause de l’avertissement silencieux et bienveillant du sous-sol, qui trace dans son dos un message mouillé « attention, l’eau commence à monter ! ».
Il va falloir regagner la surface, grimper, se casser les bras à tirer sur la corde, les pieds contre la roche, la bouche recrachant le sable qu’elle absorbe, lorsqu’il halète en cherchant l’air.
Comme lassé d’avance de se battre, de regagner le tout aérien, l’homme trouve une niche dans les hauteurs de la paroi. Il s’y installe et pose son casque. De toute façon, il veut voir ce qui se passe, l’eau qui monte, tout ça…
Il remontera plus tard, à cette période, l’eau ne monte jamais très haut.
Alors les heures passent et la rivière s’épaissit. L’homme attends, pense longtemps, et frotte des cailloux contre les parois. L’eau finit par frôler le bord de la niche. Elle ne monte pas plus haut, mais il devient difficile de respirer…
Le courant est assez fort. Où va toute cette eau ? Il veut voir. Il ne veut plus réfléchir, il l’a déjà trop fait. Il veut juste suivre son instinct. Il se jette à l’eau. Il ne remontera plus, il le sait.
Il devient comme ces cailloux qui roulent au fond de l’eau, il se laisse aller, sans y penser, toujours plus loin vers l’inconnu. Comme les cailloux. .

On a retrouvé son sac à dos à l’air libre, emmêlé dans des branchages au bord de la rivière, non loin de la résurgence.
Des secouristes ont été dépêchés dans la fosse, pour retrouver ses traces.
Mais des traces, c’est à peu près tout ce que l’on a retrouvé : Dans la niche, à coté de son casque, il y avait les traces des cailloux frottés sur la paroi qui formaient les mots : « Avez-vous profité de tout ça? Alors je ne vous ai pas dérangé pour rien ! »
Revenir en haut Aller en bas
Lo.mel
Admin tyrannique de ce forum.


Masculin
Nombre de messages: 2979
Age: 25
Localisation: Lille / Thionville
Date d'inscription: 25/03/2006
Flipomètre: I tried to sleep but when I couldn't sleep, I learned to write; I learned to write what might be read on nights like this by one like me.

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 19 Mai 2009 - 22:45

Le monstre Brume


Derrière chez moi, il y a un endroit vraiment étrange. C’est un petit plan d’eau, une grande mare plutôt, qui a été creusée par un homme. Au milieu trône une toute petite île, avec une toute petite habitation, pour un taré solitaire, ou un romantique au rabais, je ne sais pas bien.
Dans le village, on dit que cette mare n’est rien qu’une grande flaque d’eau qui croupit, juste bonne a accueillir quelques rats musqués.
Mais moi, je sais qu’ils ne sont pas seuls à y habiter. Dans cette mare, il y a aussi un monstre, un vrai, de ceux dont on entend parler dans les livres pour enfants. Un grand monstre blanc, à l’haleine épaisse. Il est terrifiant, et même s’il est muet, son nom sonne comme un grognement. C’est le monstre Brume.
Il sort de sa cachette parfois. Il n’est pas très discret, de toute façon, il est comme un fantôme : Vous pourriez lui tirer dessus, le lacérer de grands coups de couteau sans même le blesser.
Il est très beau, et très impressionnant. Si comme moi vous êtes un mordu des monstres, je peux vous donner quelques tuyaux pour l’approcher sans vous faire mordre :
D’abord passez me voir chez moi. Nous boirons un café, ou un thé, ou même un bon verre d’alcool, quelque chose qui réchauffe. Puis, aux alentours du coucher du soleil, je vous mènerai jusqu’à son antre, mais sur la pointe des pieds ! Non pas que l’on risque de le faire fuir – je l’ai déjà dit, ce monstre ne vous craint pas – mais nous pourrions déranger les crapauds, les chouettes et ses autres sentinelles nocturnes. Nous verrons alors le monstre en plein repas : il est très gourmand. Après s’être hissé hors de l’eau, il s’élèvera au dessus de l’île pour y traquer ses proies. Il mange tout, tout, tout ! Sans un bruit, pour ne pas se faire remarquer, il commencera par engloutir la petite cabane. Et il poursuivra, comme chaque jour, le même rituel : la cabane finira engloutie dans son ventre blanc, et Brume, loin d’être rassasié, se dirigera vers son dessert : île flottante sans œufs, et salade de fruits sans fruits, en fait juste une salade d’arbres et de roseaux. Tout ça accompagné d’un grand verre de nuit bien fraîche.
Pendant quelques heures, Brume engloutira tout ce qui se trouvera autour de lui. Même vous, si vous vous en approchez de trop près. Parfois lorsqu’il a vraiment très faim, il engloutit ses sentinelles, qui résignées, se laissent faire et attendent, dans un concert de hululements et de coassements.
Elles n’en ont plus peur, elles le connaissent, Brume, il a les yeux plus gros que le ventre : Quelques heures plus tard, il recrachera son festin immense, intact, avant de disparaître dans l’eau pour soigner son indigestion. Il retentera le coup le lendemain matin, toujours aussi résigné, discret, silencieux et majestueux. Il ne fera même pas attention au rire rauque des arbres, aux pouffements aigus des chouettes, et aux ricanements des grenouilles, qui, à chaque fois, plaisantent entre eux : « Ce monstre est un taré ! Ce monstre est un raté ! »
Brume s’en fiche : il a l’estomac fragile, mais il sait que la Lune l’admire, du coin de l’œil.

Alors quand je vous y mènerai, laissez vous avaler par Brume. De toute façon vous ressortirez de son estomac, peut-être un peu humide, et avec sur vos vêtements le fumet de tout ce qu’il a englouti : chouettes, grenouilles, cabane en bois, nuit, arbres et roseaux. Alors, vous me direz que vous avez froid, et je vous emmènerai boire un nouveau verre à la maison. Du café, ou du thé, ou plus probablement un bon verre d’alcool, ça réchauffe mieux. Alors, comme nostalgiques de notre ballade, nous nous embrumerons les idées, et nous parlerons jusqu'à pas d’heure. Et peut être qu’a l’heure de nous quitter, les idées trop embrumées, nous aurons en tête une histoire d’amour impossible, une histoire comme celle de la Lune et du monstre Brume.
Revenir en haut Aller en bas
No&mie
ContienG dans leu coffre.


Féminin
Nombre de messages: 2107
Age: 23
Localisation: Paris
Date d'inscription: 15/12/2007

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Mar 19 Mai 2009 - 22:56

Heureusement que tu as posté un nouveau texte, j'étais passée à côté du premier (l'amant de la fosse) sans même le lire ! Et je l'adore !
T'as vraiment un style bien particulier, j'aime beaucoup...

Continue, j'attends la suite ! Smile
Revenir en haut Aller en bas
http://www.myspace.com/noemieracle
Lo.mel
Admin tyrannique de ce forum.


Masculin
Nombre de messages: 2979
Age: 25
Localisation: Lille / Thionville
Date d'inscription: 25/03/2006
Flipomètre: I tried to sleep but when I couldn't sleep, I learned to write; I learned to write what might be read on nights like this by one like me.

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Sam 20 Juin 2009 - 15:53

Cabinet du docteur Ektorr, 15 juin, 8H02
Docteur Ektorr : Monsieur Polder, il va falloir consulter un spécialiste, votre maladie n’est pas à prendre à la légère…

______________________________


«Monsieur Polder ! » qu’il me dit, « le travail n’attends pas sur vous, comprenez le bien, et agissez en conséquence… ». Un vrai connard ce mec, chef d’équipe de merde, vieille France, c’est malheureux à son âge. Pouvez demandez aux autres mecs qui bossent avec lui, y’a pas pire, une vraie ordure ce mec. Mais c’est sur, le patron, lui, il est dans ses petits souliers avec lui, il lui dit rien, évidemment, un mec comme ça, ça rapporte, toujours derrière nous, à nous coller au cul pour vérifier qu’on trime…
Mais là quand même hier, il a dépassé les bornes, j’ai quand même le droit d’aller me soigner chez mon médecin. Je le préviens en plus, que le lendemain matin j’ai rendez vous, je serai absent toute la journée.
Je voudrais bien être à sa place moi, lui il a pas de souci de santé, il se demande pas s’il va pas bientôt bouffer les pissenlits par la racine. On voit vraiment mieux l’importance des choses quand on flirt avec la mort, ca lui ferai p’t’être du bien à l’autre là, de chopper une bonne grosse frayeur, ca lui ferai comprendre que le boulot, c’est pour vivre, et que si je vais pas chez mon médecin, je viendrai bientôt plus travailler. Juste une frayeur hein, mon dieu on s’entend, je souhaite pas sa mort hein !... Pas vraiment que je m’inquiète de son sors, mais je suis superstitieux, et quand on souhaite la mort de quelqu’un, ca se retourne contre vous… Et vu que même sans ça, je risque de me retrouver bientôt sur le dos, pas envie de tenter le diable. Merde, je recommence à paniquer comme un fou, encore à penser n’importe quoi. J’en deviens dingue, j’en dors plus…
Bon, en plus, en même temps le type, je peux le comprendre aussi, il vit pas ce que je vis, il a une équipe à gérer et un boulot à faire, faut que ça avance, et moi je me pointe de moins en moins souvent pour raison médicales. Et puis, je peux pas trop lui dire quel problème j’ai… Je suis pas du genre à m’épancher comme un vioc sur mes maladies, c’est privé, pas besoin de m’en vanter, c’est assez grave comme ça. Les mecs ils se plaignent de tous leur bobos jusqu’au jour ou ils en ont un gros, alors là ils comprennent qu’il faut pas se plaindre, et faire le nécessaire, et se battre. Ca sert à rien d’en parler, pis au boulot quand je bosse, j’y pense moins… alors si je me mets même à parler de ça au boulot… De toute façon, personne peut comprendre un mec qui vit dans la peur de mourir, sauf ceux qui ont déjà eu peur de mourir.
L’autre coup, je suis tombé sur un bouquin de Vian, un recueil de poésie, comme si c’était un signe. Le titre : « Je voudrais pas crever ». Balèze le type, lui au moins il m’aurait compris.
« Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu »

C’est exactement ça, je sais pas comment le dire autrement, enfin je veux dire avec des mots que tout le monde pourrait comprendre, sans image, mais quand on le vis, c’est exactement ça. Il est génial ce type.
Après ça, j’ai voulu en lire plus de lui, alors j’ai acheté « L’écume des jours »… Et la, encore un autre hasard, un autre signe, comme si on avait mis Vian et ses bouquins exprès sur mon chemin exactement à cette période de ma vie, quand je suis au milieu de ma merde. Dans l’histoire, Chloé, une des héroïnes, elle meurt d’un nénuphar dans les poumons… Je suis pas poète mais je sais très bien ce que c’est un nénuphar dans les poumons. C’est un putain de cancer, voilà.
J’ai jamais trop fumé en plus, si, un peu quand j’étais jeune, mais voilà… C’est dégueulasse, y’en a qui ont avalé 100 fois plus de fumée que moi pendant des années, et qui vont crever de leur belle mort… Pis là, j’ai mal à en crever, j’respire mal, j’ai des crises, oui, de vraies crises ou j’halète comme un chien pour reprendre mon souffle, et je manque d’air, alors en plus derrière, j’ai mon cœur qui s’emballe.
Mais si vraiment c’est un signe, le truc de Vian, ca risque aussi de vouloir dire que je vais en crever, comme Chloé… Arf, ‘faut que j’arrête de me dire ça, plus temps d’être pessimiste maintenant, je veux vivre, de toute façon, l’histoire de signes, tout ça, c’est encore de la superstition… Si au moins j’étais pas superstitieux, je pourrais peut être mieux supporter ce que je vis…
Même ma femme ne peut pas me comprendre… Elle se veut rassurante « Mais non, tu vois tout en noir, tout va aller bien, ne t’inquiète pas, calme toi ». C’est vrai que quand je suis en crise de panique, comme là, quand je ressasse trop tout ça, quand je pense au gosse qu’a pas encore 8 ans, et qui se doute de rien… Putain… comment pas tout voir en noir…
Bon, allez, y’a le médecin qui vient me chercher, je vais enfin en savoir plus…

Cabinet du docteur Ektorr, 15 juin, 8H03
Docteur Ektorr : Monsieur Polder, on se voit très souvent en ce moment… 3 fois, rien que cette semaine…
Je le répète, ce n’est pas à prendre à la légère. Je vais vous diriger vers un collègue très compétent qui fera son maximum pour vous venir en aide. Vous avez tous les symptômes d’une personne hautement hypochondriaque, et le Docteur Gogitz est un psychologue très compétent.
Revenir en haut Aller en bas
No&mie
ContienG dans leu coffre.


Féminin
Nombre de messages: 2107
Age: 23
Localisation: Paris
Date d'inscription: 15/12/2007

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Lun 29 Juin 2009 - 21:49

J'ai enfin pris le temps de lire....

Putain, bouleversant à mort (huhu....), et la chute est excellente... (au sens brillante quoi).

Bravo Lo !
Revenir en haut Aller en bas
http://www.myspace.com/noemieracle
Lo.mel
Admin tyrannique de ce forum.


Masculin
Nombre de messages: 2979
Age: 25
Localisation: Lille / Thionville
Date d'inscription: 25/03/2006
Flipomètre: I tried to sleep but when I couldn't sleep, I learned to write; I learned to write what might be read on nights like this by one like me.

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Lun 29 Juin 2009 - 22:07

de rien p'tite No', au moins j'ai une lectrice! ^^

_________________
http://rueedison.blogspot.com/

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
No&mie
ContienG dans leu coffre.


Féminin
Nombre de messages: 2107
Age: 23
Localisation: Paris
Date d'inscription: 15/12/2007

MessageSujet: Re: Mille et une histoires, belles ou qui font peur...   Lun 29 Juin 2009 - 22:16

t'en as surement même plusieurs qui restent discrets Smile
Revenir en haut Aller en bas
http://www.myspace.com/noemieracle
 

Mille et une histoires, belles ou qui font peur...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 4Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant

 Sujets similaires

-
» LA COLLINE AUX MILLE ENFANTS (1994)
» HISTOIRES DROLES
» Brésil Portugal : Histoires de famille
» Ednör ! ça fait très très peur !
» Mille et une histoires, belles ou qui font peur...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Benoît Dorémus :: De l'autre côté de l'ordi. :: Le coin des artistes-